Linfectiovigilance a pour objectif, grâce à lalerte et au signalement, la surveillance dans les établissements de santé des risques infectieux majeurs afin de prévenir toute transmission nosocomiale. Cette vigilance contribue à la lutte contre les infections nosocomiales et contre lémergence et la diffusion des bactéries multirésistantes : elle fait partie de la démarche de sécurité et de qualité des soins donnés aux malades.
Toutefois, le cadre de linfectiovigilance peut sétendre, en terme de santé publique à deux autres domaines que sont :
les infections à déclaration obligatoire,
les vaccinations.
Attention : seule la rédaction des textes tels que publiés au Journal Officiel "Lois et décrets" de la République Française fait foi.
Article L. 11 du code de la Santé Publique
Circulaire n° 2805 du 1er septembre 1975 relative à la prévention des infections hospitalières.
Décret n° 86-770 du 10 juin 1986 fixant la liste des maladies dont la déclaration est obligatoire en application de larticle L.11 du code de la santé publique.
Décret n° 88-657 du 6 mai 1988 relatif à lorganisation de la surveillance et de la prévention des infections nosocomiales dans les établissements dhospitalisation publics et privés participant au service public.
Circulaire n° 263 du 13 octobre 1988 relative à lorganisation de la surveillance et de la prévention des infections nosocomiales.
Arrêté du 3 mai 1989 relatif à léviction et à la prophylaxie collective en cas de maladies contagieuses.
Arrêté du 3 août 1992 relatif à lorganisation de la lutte contre les infections nosocomiales.
Circulaire DGS/VS/VS2DH/E01 n° 17 du 19 avril 1995 relative à la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé publics ou privés participant au service public.
Arrêté du 19 octobre 1995 modifiant larrêté du 3 août 1992 relatif à lorganisation de la lutte contre les infections nosocomiales.
Circulaire DGS/DH n° 100 du 11 décembre 1995 relative aux précautions à observer en milieu chirurgical et anatomo-pathologique face à la transmission de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Circulaire DGS/DH n° 236 du 2 avril 1996 relative aux modalités de désinfection des endoscopes dans les lieux de soins.
Décret n° 96-838 et arrêté du 19 septembre 1996 relatifs à la déclaration obligatoire des suspicions de maladie de Creutzfeldt-Jakob et autres encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles humaines.
Note dinformation DGS/DH/DRT n° 666 du 28 octobre 1996 relative à la
conduite à tenir, pour la prophylaxie dune contamination pour le VIH,
en cas daccident après exposition au sang ou à un autre liquide biologique
chez les professionnels de santé.
Loi n°98-535 du 1er juillet 1998 relative au renforcement de la veille
sanitaire et du contrôle de la sécurité sanitaire des
produits destinés à l'homme.0.
Circulaire DGS n° 97/311 du 24 avril 1997 relative à la surveillance et à la prévention de la légionellose.
Circulaire DGS/DH/DRT/DSS n° 98/228 du 9 avril 1998 relative aux recommandations de mise en uvre dun traitement anti-rétroviral après exposition au risque de transmission du VIH.
Circulaire DH/SI2 - DGS/VS3 n° 554 du 1er septembre 1998 relative à la collecte des objets piquants, tranchants souillés.
Circulaire DGS n° 98/771 du 31 décembre 1998 relative à la mise en uvre de bonnes pratiques dentretien des réseaux deau dans les établissements de santé et aux moyens de prévention du risque lié aux légionelles dans les installations à risque et dans celles des bâtiments recevant du public.
Circulaire DGS/VS2/DH/EO1 n° 99-265 du 4 mai 1999 relatif au rapport dactivité 1988 des comités de lutte contre les infections nosocomiales.
Décret n° 99-362 du 6 mai 1999 fixant les modalités de transmission à lautorité sanitaire de données individuelles concernant les maladies visées à larticle L. 11 du code de la santé publique et modifiant le code de la santé publique (deuxième partie : Décret en Conseil dEtat).
Décret n° 99-363 du 6 mai 1999 fixant la liste des maladies faisant lobjet dune transmission obligatoire de données individuelles à lautorité sanitaire et modifiant le code de la santé publique (troisième partie : décrets).
Décret n° 99-1034 du 6 décembre 1999 relatif à lorganisation de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé publics ou privés participant au service public et modifiant le chapitre Ier du titre Ier du livre VII du code de la santé publique (deuxième partie : décrets en Conseil dEtat).
Circulaire DGS/DH/DRT n° 99/680 du 8 décembre 1999 relative aux recommandations à mettre en uvre devant un risque de transmission du VHB et du VHC par le sang et les liquides biologiques.
Circulaire DGS/DPPR n° 292 du 29 mai 2000 relative à diverses mesures concernant les appareils de désinfection des déchets dactivités de soins à risques infectieux et assimilés.
Circulaire DGS/VS/VS2-DH/EO/EO1 n° 2000/400 du 13 juillet 2000 relative au bilan standardisé des activités de lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé.
Arrêté du 17 octobre 2000 relatif au bilan annuel des activités de lutte
contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé.
Circulaire DGS/DHOS/E2 n° 645 du 29 décembre 2000 relative à lorganisation
de la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de
santé.
Loi n°2001-303 du 4 mars 2001 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé,
Circulaire DGS/5C/DHOS/E2 n° 138 du 14 mars 2001 relative aux précautions à observer lors de soins en vue de réduire les risques de transmission dagents transmissibles non conventionnels.
Circulaire DGS/DHOS/DGAS/DSS n° 139 du 14 mars 2001 relative à la prise en charge des personnes atteintes dencéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles.
Circulaire n° 2001/243 du 30 mai 2001 relative au bilan standardisé des activités de lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé.
Décret n° 2001-671 du 26 juillet 2001 relatif à la lutte contre les infections nosocomiales dans les établissements de santé et modifiant le code de la santé publique (deuxième partie : décrets en Conseil dEtat).
Circulaire DHOS/E2-DGS/SD5C n° 2001/383 du 31 juillet 2001 relative au signalement des infections nosocomiales et à linformation des patients en matière dinfection nosocomiale dans les établissements de santé.
Circulaire n° 2001/542 du 8 novembre 2001 relative à la prophylaxie des infections invasives à méningocoque.
Circulaire n°2001/543 du 543 du 9 novembre 2001 relative à la prophylaxie des infections invasives à méningocoque.
La circulaire N°21 du 22 janvier 2004 relative au signalement des infections
nosocomiales est venue actualiser les textes de référence du
signalement et de l'information des patients en abrogeant deux précédentes
circulaires (30/07/01 et 03/01/03)
Autres textes non réglementaires mais dintérêt général :
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°23/1995 sur la prévention de la listériose chez les femmes enceintes, les patients immunodéprimés et les personnes âgées.
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°49/1996 du 3 décembre 1996 sur la prophylaxie dune contamination par le VIH chez les professionnels de santé.
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°20-22 de mai 1997 sur le guide dinvestigation dun ou plusieurs cas de légionellose, circulaire DGS n°97/311.
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°34/1999 du 24 août 1999 sur les suspicions de maladies de Creutzfeldt-Jakob et autres encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles humaines en 1996 et 1997.
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°27/2000 du 4 juillet 2000 sur les recommandations vaccinales (calendrier vaccinal) après avis du Conseil Supérieure dHygiène Publique de France (section des maladies transmissibles) en date du 12 mai 2000.
Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n°28/2001 du 10 juillet 2001 sur les recommandations sanitaires pour les voyageurs 2001 (à lattention des professionnels de santé).
Liste officielle des centres de vaccinations internationales.
Les 100 recommandations du CTIN pour la surveillance et la prévention des infections nosocomiales.
Guide de recommandations pour les établissements de santé : Maîtrise de la diffusion des bactéries multirésistantes aux antibiotiques
Les infections nosocomiales sont des infections liées à des micro-organismes acquis lors dun séjour dans un établissement de soins. Elles ne doivent pas être en incubation, ni présentes à ladmission. En cas de doute, un délai de 48 à 72 heures est retenu entre ladmission et le début de linfection. Pour les infections de plaie opératoire, le caractère nosocomial peut être retenu si linfection survient dans les 30 jours suivant le geste ou dans lannée en cas de mise en place de matériel étranger (prothèse).
En France, les infections nosocomiales seraient directement responsables de 7000 à 10000 décès annuels (les infections pulmonaires en sont la première cause). Ces chiffres doivent être pris avec réserve, étant donné la difficulté détablir un véritable lien de causalité. De plus, elles sont responsables dun surcoût important avec une augmentation de la durée dhospitalisation et de la consommation dantibiotiques (un tiers du budget hospitalier des antibiotiques) notamment.
En 1995, par lintermédiaire dune circulaire (circulaire DGS/VS/VS2DH/E01 n° 17 du 19 avril 1995), le Ministre de la Santé a proposé un plan de lutte contre les infections nosocomiales, avec pour objectif de réduire de 30% leur fréquence en 5 ans, et de réduire significativement le taux de bactéries multirésistantes. Depuis, de très nombreux progrès ont été réalisés. Néanmoins, la lutte contre les infections nosocomiales reste une priorité de santé publique et constitue le thème dune partie des référentiels daccréditation des établissements de santé français.
Le taux de prévalence global des infections nosocomiales en France est de 7% (données de 1996). Les résultats varient selon les types détablissements avec les taux les plus élevés dans les centres hospitaliers régionaux universitaires (9,2%). Les infections nosocomiales sont également plus fréquentes dans certains services (réanimation, chirurgie, grands brûlés, onco-hématologie, néonatalogie). Ceci est lié à la haute technicité employée, aux procédures invasives utilisées, à lexistence de bactéries multirésistantes et au terrain souvent fragilisé des patients hospitalisés dans ces unités. Les infections nosocomiales les plus fréquentes sont les infections urinaires (40%), les infections broncho-pulmonaires (20%), les infections du site opératoire (15%), et les infections sur cathéters (10%).
Les actes invasifs quels quils soient (sonde urinaire, cathéter, intervention chirurgicale,...) favorisent les infections nosocomiales et sont mis en cause dans près de 50% des cas. Les infections transmises au cours darthroscopies (épidémie dinfections osseuses à mycobactéries atypiques), dendoscopies (description de cas de transmission de lhépatite C), ont conduit à lélaboration dune circulaire (circulaire DGS/DH n° 236 du 2 avril 1996) relative aux modalités de désinfection des endoscopes dans les lieux de soins. De même, la connaissance des risques de transmission des agents transmissibles non conventionnels (ou prions) a conduit à lélaboration initialement dune circulaire (circulaire DGS/DH n° 100 du 11 décembre 1995) relative aux précautions à observer en milieu chirurgical, et aux modalités de stérilisation. Ces deux dernières circulaires ont été modifiées récemment (circulaire DGS/5C/DHOS/E2 n° 138 du 14 mars 2001) des nouvelles données sur lépidémie de la " vache folle " et du nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob.
Les micro-organismes en cause identifiés dans environ 90% des cas dinfections nosocomiales sont en grande majorité des bactéries avec notamment Escherichia coli (20%), Staphylococcus aureus (16%), Pseudomonas aeruginosa (11%), Enterococcus spp. (8%), Proteus spp. (7%), Klebsiella spp. (4,5%), et Enterobacter spp. (4%).
Il ne faut pas assimiler les infections nosocomiales à celles uniquement liées aux bactéries multirésistantes (BMR).Tout dabord, lisolement dune BMR nest pas synonyme dune infection nosocomiale puisquil peut sagir dune simple colonisation. De plus, une infection nosocomiale peut être liée à une bactérie multisensible, à un virus ou à un champignon. Les germes en cause dans les infections nosocomiales ont, dans plus de 80% des cas, préalablement colonisé le patient. La fréquence des bactéries multirésistantes au sein dun établissement ou dun service augmente naturellement le risque dacquisition de ces BMR pour le patient hospitalisé. De même, 20 à 40% des enfants hospitalisés développent une infection à virus respiratoire synclinal (VRS), comme 2 à 20% ont un épisode diarrhéique à rotavirus si leur hospitalisation est concomitante à une période épidémique pour ces virus.
Sil existe un taux incompressible dinfections nosocomiales, la grande majorité dentre elles pourraient être évitables. La surveillance des infections nosocomiales dans les unités à haut risque, lapplication de mesures dhygiène rigoureuses (lavage des mains, protocoles de nettoyage et de désinfection des matériels), le respect des procédures en cas de colonisation ou dinfection à germes multi-résistants (signalisation, isolement, ), lencadrement de la prescription et de lutilisation des antibiotiques sont la base de la prévention.
Un recueil exhaustif des infections nosocomiales doit être effectué dans chaque établissement de santé. Il y a donc nécessité pour tout médecin de connaître la définition de chaque type dinfections nosocomiales. Deux systèmes doivent se recouper pour les identifier. Tout dabord le département dinformatique médicale (DIM) par lintermédiaire du résumé standardisé de sortie (RSS et RUM). Il est primordial de rappeler la nécessité pour les médecins deffectuer ce codage. De plus, pour des raisons statistiques, il faut pouvoir différencier les infections nosocomiales acquises dans le service et celles acquises dans un autre service ou dans un autre établissement mais traitées pendant le séjour en cours. Cela a également lintérêt de pouvoir éventuellement déculpabiliser les professionnels de santé et déviter la sous-déclaration. Par ailleurs, le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) via la cellule opérationnelle dhygiène (COH) doit effectuer des réunions dhygiène dans chaque service de manière régulière.
Depuis peu, deux nouveaux textes réglementaires viennent de rendre obligatoire le signalement des infections nosocomiales. Il sagit du décret n° 2001-671 du 26 juillet 2001 (JO du 28 juillet 2001) et la circulaire DHOS/E2-DGS/SD5C n° 2001/383 du 31 juillet 2001. Cette obligation de signalement concerne les infections nosocomiales ayant un caractère rare ou particulier par rapport aux données épidémiologiques, tout décès lié à une infection nosocomiale, les infections nosocomiales suspectes dêtre causées par un germe présent dans leau ou dans lair environnant, les maladies infectieuses à déclaration obligatoire et dont lorigine nosocomiale peut être suspectée. Dans chaque établissement de santé, le recueil des informations concernant les infections nosocomiales sera organisé selon les modalités définies par le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) en suivant cependant un schéma directeur défini par la circulaire. Cette déclaration obligatoire va progressivement se mettre en place (fiche spécifique de DO).
Si les cinq sites habituellement surveillés (infections urinaires, infections du site opératoire, infections sur cathéter, bactériémies, pneumopathies) semblent suffisants en médecine, en chirurgie et en réanimation, puisquils représentent respectivement 75%, 88% et 84% des infections nosocomiales, ils ne semblent pas adaptés en moyen et long séjours, en psychiatrie et en pédiatrie. Ainsi, en pédiatrie, les infections de la sphère ORL et oculaire ou de lappareil digestif représentent 21% des infections nosocomiales, avec une majorité dinfections virales. Ces données confirment la nécessité détablir des programmes de surveillance et de prévention adaptés à chaque établissement et à chaque type de service.
Lensemble des données sur la prévention et la surveillance des infections nosocomiales sont détaillées dans le livret édité en 1999 par le comité technique national contre les infections nosocomiales (CTIN) sous le nom " les 100 recommandations pour la surveillance et la prévention des infections nosocomiales ".
A la suite dune décision du Conseil dEtat du 31 mars 1999, de trois arrêts du 29 juin 1999 de la Cour de Cassation, il résulte globalement, pour les médecins et les établissements de soins, une obligation de sécurité de résultats en matière dinfections nosocomiales. Cest pourquoi il est devenu primordial, entre autres pour les médecins, dinformer au mieux les patients de tous les risques inhérents aux soins lorsquils peuvent entraîner une infection nosocomiale. La traçabilité de cette information est primordiale, la preuve par écrit étant plus fiable que la preuve par présomption.
Le CLIN et la COH
La lutte contre les infections nosocomiales est de la responsabilité de tous les professionnels de santé mais également des autorités de tutelle qui seules peuvent leur donner les moyens et les conditions de travail optimales. Cette lutte est organisée depuis 1988 avec la création des comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) dans chaque établissement de santé (décret n° 88-657 du 6 mai 1988, circulaire n° 263 du 13 octobre 1988, circulaire DGS/VS/VS2DH/E01 n° 17 du 19 avril 1995 et décret n° 99-1034 du 6 décembre 1999) ainsi que des cellules opérationnelles dhygiène (circulaire DGS/VS/VS2-DH/E01 n° 17 du 19 avril 1995, circulaire DGS/DHOS/E2 n°645 du 29 décembre 2000.
Le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) est composé par des professionnels de santé (pharmaciens, biologistes, hygiénistes, infectiologues, ) des administratifs et un représentant des usagers. Le CLIN est responsable de lorganisation, de la prévention et de la surveillance des infections nosocomiales dans létablissement. Cest une structure de dialogue et de propositions, délaboration dune politique concertée dhygiène et de qualité.
Le CLIN est la structure de pilotage : il organise la surveillance des infections nosocomiales (surveillance générale dans létablissement, surveillance spécifique dans certains services à risque élevé, recueils dindicateurs pertinents permettant de juger de lefficacité des actions entreprises). Il organise la prévention des infections nosocomiales (édition et diffusion de procédures, contrôle de lenvironnement, ). Il a un rôle en matière de formation initiale et continue des personnels à lhygiène hospitalière et à la prévention des infections nosocomiales. Il doit donner son avis sur larchitecture hospitalière (nouvelles constructions, travaux), lorganisation des circuits, lachat des matériels. Il participe également aux enquêtes de prévalence régionales et nationales.
La cellule opérationnelle dhygiène (COH) est la cheville ouvrière du CLIN. Elle permet de recueillir les données sur le terrain, et de les analyser. Elle participe activement à la surveillance des infections nosocomiales (enquêtes de prévalence, enquêtes dincidence,...). Elle effectue les investigations en cas dépidémies (enquêtes épidémiologiques), met en place les mesures de prévention pour éviter la propagation de lépidémie, et met en place les mesures correctives. Elle participe à la politique de prévention du risque infectieux lié aux soins (rédaction de procédures et de fiches techniques, essai des nouveaux produits, ) et lié à lenvironnement (qualité de lair et de leau, étude des circuits, nettoyage des locaux, ). Elle participe à la formation des personnels.
Définir les infections nosocomiales nest pas toujours simple. De nombreux critères cliniques et biologiques peuvent être utilisés pour le diagnostic et pour la décision thérapeutique. Dans le cadre de la surveillance épidémiologique, les critères de définition répondent à une logique un peu différente car ils doivent être simples, les plus objectifs possibles, et avoir une validité suffisante pour pouvoir classer correctement les patients, cest à dire être à la fois suffisamment sensibles pour permettre la détection de la majorité des infections et suffisamment spécifiques pour ne pas en considérer en excès.
En général, une infection est dite nosocomiale si elle apparaît au cours ou à la suite dune hospitalisation et si elle était absente à ladmission à lhôpital (incubation incluse). Ce critère est applicable à toute infection. Lorsque la situation précise à ladmission nest pas connue, un délai dau moins 48 heures après ladmission (ou un délai supérieur à la période dincubation lorsque celle ci est connue) est communément accepté pour distinguer une infection dacquisition nosocomiale dune infection communautaire. Toutefois, il est recommandé dapprécier, dans chaque cas douteux, la plausibilité du lien causal entre hospitalisation et infection. Pour les infections du site opératoire, on considère comme nosocomiales les infections survenues dans les 30 jours suivant lintervention ou, sil y a mise en place dune prothèse ou dun implant, dans lannée qui suit lintervention.
a) Les infections urinaires
* La bactériurie asymptomatique se définit par une uroculture quantitative positive (>= 105 micro-organismes/ml) si le patient a été sondé au cours de la semaine précédant le prélèvement ou en labsence de sondage par deux urocultures quantitatives positives (>= 105 micro-organismes/ml) aux mêmes micro-organismes sans quil y ait plus de deux micro-organismes isolés.
* La bactériurie symptomatique (chez un patient sondé ou non) se définit par une fièvre (> 38°C) sans autre localisation infectieuse et/ou envie impérieuse et/ou dysurie et/ou pollakiurie et/ou tension sus-pubienne ; et une uroculture positive (>= 105 micro-organismes/ml) sans quil y ait plus de deux espèces microbiennes isolées ou une uroculture positive (>= 103 micro-organismes/ml) avec leucocyturie (>= 104 leucocytes/ml).
b) Les infections du site opératoire
* Linfection superficielle de lincision est une infection survenant dans les 30 jours suivant lintervention, et affectant la peau (ou les muqueuses), les tissus sous-cutanés ou les tissus situés au-dessus de laponévrose de revêtement, diagnostiquée par :
un écoulement purulent ou puriforme de lincision ou du drain, un micro-organisme isolé par culture du liquide produit par une plaie fermée ou dun prélèvement tissulaire, ouverture par le chirurgien en présence de lun des signes suivants : douleur ou sensibilité à la palpation, tuméfaction localisée, rougeur, chaleur (sauf si la culture du prélèvement de plaie est négative), diagnostic dinfection par le chirurgien ou le médecin.
* Linfection profonde de lincision est une infection survenant dans les 30 jours suivant lintervention ou dans lannée sil y a eu mise en place dun implant ou dune prothèse, affectant les tissus ou espaces situés au niveau et au-dessous de laponévrose de revêtement, diagnostiquée par :
écoulement purulent ou puriforme provenant dun drain sous-aponévrotique, présence dun des signes suivants : déhiscence spontanée de lincision, de la cicatrice ou de la paroi, ouverture par le chirurgien en cas de fièvre > 38°C, douleur localisée, sensibilité à la palpation (sauf si la culture du prélèvement de plaie est négative), abcès ou autres signes dinfection observés lors dune réintervention chirurgicale ou dun examen histologique, diagnostic dinfection établi par le chirurgien ou le médecin.
* Linfection de lorgane ou du site ou de lespace (séreuse) est une infection survenant dans les 30 jours suivant lintervention ou dans lannée sil y a eu mise en place dun implant ou dune prothèse, impliquant les organes ou espaces (autres que lincision), ouverts ou manipulés durant lintervention, diagnostiquée par :
présence de pus franc ou liquide puriforme provenant dun drain placé dans lorgane ou le site ou lespace, micro-organisme isolé par culture dun prélèvement de lorgane ou du site ou de lespace, signes évidents dinfection impliquant lorgane ou le site ou lespace, observés lors dune réintervention ou dun examen histo-pathologique, diagnostic dinfection établi par le chirurgien ou le médecin
Linflammation minime confinée aux points de pénétration des sutures ne doit pas être considérée comme une infection.
c) Les bactériémies
Au moins une hémoculture positive prélevée au pic thermique (avec ou sans autre signe clinique) sauf pour les micro-organismes suivants : staphylocoques à coagulase négative, Bacillus spp., Corynebacterium spp., Propionibacterium spp., Micrococcus spp., ou autres micro-organismes comparables.
d) Les infections sur cathéter
Infection locale avec pus franc ou liquide puriforme au niveau de lémergence ou la tunnellisation du cathéter.
e) Les infections sur cathéter avec bactériémie
Hémoculture périphérique (prélevée par ponction veineuse) positive et un des critères suivants :
infection locale et isolement du même micro-organisme dans le pus et le sang périphérique, culture positive du cathéter (méthode quantitative de Brun Buisson > 1000 UFC/ml ou méthode semi-quantitative de Maki > 15 UFC) et isolement du même micro-organisme que dans lhémoculture, signes cliniques dinfection résistant à lantibiothérapie mais disparaissant 48 heures après lablation du cathéter, signes cliniques dinfection lors de la manipulation du cathéter
f) Les pneumopathies infectieuses
Il est impératif que soient associés des signes radiologiques (radiographie thoracique standard ou tomodensitométrie) dune ou plusieurs opacités parenchymateuses anormales, récentes, évolutives, et lune des caractéristiques suivantes :
identification dun micro-organisme isolé de lexpectoration sil sagit dun micro-organisme pathogène qui nest jamais commensal des bronches (Legionella pneumophila, Aspergillus fumigatus, mycobactéries, virus respiratoire syncitial, ) ou dun lavage broncho-alvéolaire avec 5% au moins de cellules contenant des micro-organismes à lexamen microscopique direct après centrifugation appropriée ou plus de 104 micro-organismes/ml ou dun prélèvement par brosse télescopique protégée ou dun prélèvement trachéal distal par cathéter protégé avec plus de 103 micro-organismes/ml (en labsence dantibiothérapie récemment instaurée) ou dune ponction dun abcès pulmonaire ou de plèvre ou dune pneumopathie infectieuse ou dun abcès authentifié par un examen histologique, un sérodiagnostic, si le taux des anticorps est considéré comme significatif par le laboratoire, au moins un des signes suivants : expectoration (ou sécrétions trachéales chez les patients ventilés) purulente dapparition récente, fièvre supérieure à 38,5°C dapparition récente en labsence dautre cause, hémoculture positive à un micro-organisme pathogène en labsence de tout autre foyer et après avoir éliminé une infection sur cathéter.
g) Les infections cutanées
Il sagit dun écoulement purulent ou de pustules, de vésicules ou de furoncles. Il faut lassociation de deux des signes suivants (douleur locale, tuméfaction, chaleur, sensibilité, rougeur) et dun des signes suivants (micro-organisme isolé par culture dun prélèvement du site concerné, micro-organisme isolé dhémoculture, cellules géantes multinucléées observées).
Afin dévaluer et daméliorer la prévention des infections nosocomiales
dans chaque établissement de santé public ou privé, différents indicateurs
de qualité peuvent être étudiés. On distingue des indicateurs organisationnels
et des indicateurs de surveillance.
Les principaux indicateurs organisationnels sont listés ci dessous :
Lactivité du CLIN (composition, réunion, rapport dactivité, programme
annuel) Existence dune cellule opérationnelle dhygiène (composition,
fonction) Programme de formation continue en hygiène (nombre de personnes
formées sur la totalité) Participation aux enquêtes de prévalence Collaboration
et confrontation clinico-microbiologique avec la COH (visites régulières dans
les services) pour le diagnostic dIN Intervention de la COH lors de
lisolement dune BMR par le laboratoire (système dalerte)
Existence de procédures (AES, lavage des mains, isolement) Existence dun
CMDMS (protocole dantibiothérapies curatives, dantibioprophylaxie,
du bon usage des antibiotiques en général) Existence dune prévention
de la diffusion des BMR (information écrite) lors de transferts inter services
ou inter établissements Existence dune procédure de désinfection des
endoscopes
Les principaux indicateurs de surveillance sont listés ci-dessous :
Connaissance de la définition dune IN Taux de prévalence des IN totale pour tout lhôpital et par service
par site (urinaire, bactériémie, site opératoire, pulmonaire)
Taux dincidence des infections du site opératoire Taux dincidence des IN
dans les services à risque (réanimation, onco-hématologie)
pour les principales IN (KT, urinaire, pulmonaire, bactériémie)
Surveillance de lenvironnement
eau, air, surface
dans les services à risque (bloc opératoire, réanimation, dialyse)
légionelles dans leau
Surveillance en continue du SAMR Surveillance dautres BMR :
Pyocyanique résistant la ceftazidime, BLSE, entérocoque résistant à la vancomycine, Acinetobacter résistant à limipénème, Stenotrophomonas, Entérobactéries à céphalosporinase déréprimée, Aspergillus, Candida
Surveillance de la consommation dantibiotiques globale ou par service Surveillance du portage de BMR chez les patients à risque, dans les services à risque (portage nasal de SAMR, portage de BLSE dans les selles)
Les outils dévaluation doivent être facilement mesurables pour avoir la meilleure reproductivité longitudinale et transversale (par exemple échelle de cotation du type 0 pour absence de procédure, 1 pour procédure en cours, 2 pour procédure écrite et diffusée, 3 pour procédure évaluée et actions correctives effectuées). On peut se baser sur les 100 recommandations du CTIN sur les infections nosocomiales.
La déclaration de certaines maladies est une obligation réglementaire (article L. 11 du code de la santé publique). Cette déclaration à un tiers, lautorité administrative et sanitaire, est lune des exceptions au caractère absolu de la confidentialité et du secret médical. Ses modalités sont donc fixées par un acte législatif. Ces déclarations sont faites aux Directions Départementales de lAction Sanitaire et Sociale (DDASS).
La liste des maladies à déclaration obligatoire a été fixée par le décret n° 99-363 du 6 mai 1999 (JO du 13 mai 1999) venant abroger le décret n° 86-770 du 10 juin 1986 (JO du 14 juin 1986) qui était en vigueur jusque là.
Ces maladies font lobjet de mesures locales et dune notification hebdomadaire au Ministère de la Santé publiée dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire. La déclaration est nominative sauf pour le SIDA. Ces maladies sont listées ci-dessous et on peut obtenir le feuillet de déclaration en cliquant sur la maladie à DO souhaitée :
Le botulisme
La brucellose
Le choléra
La diphtérie
Les fièvres hémorragiques africaines
La fièvre jaune
Les fièvres typhoïde et paratyphoïdes Linfection aiguë symptomatique
par le virus de lhépatite B
Linfection par le virus de limmunodéficience humaine, quel que
soit le stade La légionellose La listériose La méningite cérébrospinale à
méningocoque et les méningococcémies
Le paludisme autochtone
Le paludisme dimportation dans les départements dOutre-Mer
La peste La poliomyélite antérieure aiguë
La rage Le SIDA
La suspicion de maladie de Creutzfeldt-Jakob et autres encéphalopathies subaiguës
spongiformes transmissibles humaines Le tétanos
Les toxi-infections alimentaires collectives La tuberculose Le typhus exanthématique
Le charbon
Parmi ces maladies, on peut différencier un sous-groupe constitué de maladies rares en France et/ou très contagieuses. Elles doivent faire lobjet dune notification immédiate dans le cadre de mesures exceptionnelles au niveau national ou international, dune expertise dun Centre National de Référence (CNR), et parfois dune notification à lOMS. Ces 8 maladies sont listées ci-dessous:
Le choléra
La peste
La variole
La fièvre jaune
La rage
Le typhus exanthématique
Les fièvres hémorragiques africaines
Toute suspicion de maladie de Creutzfeldt-Jakob et autres encéphalopathies
subaiguës spongiformes transmissibles humaines
Cette déclaration obligatoire permet ainsi un recensement aussi précis que possible à titre épidémiologique. Cela permet ainsi dévaluer leffet positif ou non des mesures de prévention mises en place. Cependant, il est important de noter lexistence dun certain degré de sous-déclaration.
Dans un certain nombre de cas, cela peut être aussi un témoin d'alerte sanitaire (méningite à méningocoque, listériose, légionellose, toxi-infections alimentaires collectives, ). Lenquête est alors menée par les autorités sanitaires (DDASS, services vétérinaires, ). Les mesures de dépistage et de prophylaxie des sujets au contact sont sur linitiative de lautorité sanitaire représentée par la DDASS (arrêté du 3 mai 1989). Les conditions déviction et les mesures de prophylaxie sont fixées par le même arrêté.
Au sein dune structure hospitalière publique ou privée, en labsence de collaboration étroite avec le Médecin Inspecteur de la DDASS, il est difficile de connaître avec précision le nombre exact de ce type de pathologies puisque chaque médecin y compris le biologiste est responsable de sa déclaration. La centralisation des informations au sein de la structure devrait donc passer par un site référent (le département dinformation médicale ou le CLIN ou le référent en infectiovigilance par exemple) auquel serait transmis un double des déclarations. Celles-ci pourraient ainsi être colligées localement et confrontées aux données du PMSI en vue dune éventuelle exploitation épidémiologique et afin de dupliquer le système dalerte sanitaire.
Toute nouvelle infection par le VIH (quel que soit le stade) fait partie de cette liste mais pour linstant cette notification na pas encore été mise en place pour des raisons de confidentialité. Seule la déclaration de la maladie SIDA est obligatoire mais elle ne rend pas compte de la réalité de cette endémo-épidémie. Cette nouvelle déclaration paraît indispensable actuellement pour évaluer les mesures de prévention qui ont été mises en place dautant que le nombre de maladies sexuellement transmissibles (syphilis, gonococcies) est en très forte augmentation depuis 2 ans, témoignant dun phénomène de relâchement (" relapse " en anglais) des mesures de prévention..
Depuis le mois de juillet, deux nouveaux textes réglementaires viennent de rendre obligatoire le signalement des infections nosocomiales (fiche spécifique de DO). Il sagit du décret n° 2001-671 du 26 juillet 2001 (JO du 28 juillet 2001) et la circulaire DHOS/E2-DGS/SD5C n° 2001/383 du 31 juillet 2001. Cette obligation de signalement concerne les maladies infectieuses à déclaration obligatoire et dont lorigine nosocomiale peut être suspectée. Dans chaque établissement de santé, le recueil des informations concernant les infections nosocomiales sera organisé selon les modalités définies par le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) en suivant cependant un schéma directeur défini par la circulaire. Cette déclaration obligatoire va progressivement se mettre en place.
La vaccination est lacte le plus souvent pratiqué par les médecins. Mais vacciner ne doit pas être un geste systématique banal ; cest un geste qui doit être volontaire, proposé aux personnes, expliqué et accepté. Un vaccin est une préparation antigénique, dérivée dun agent pathogène spécifique (ou apparenté à celui-ci), capable dinduire chez un sujet réceptif, une réponse immunitaire protectrice vis à vis de cet agent et des aléas de linfection naturelle.
Les vaccinations comptent parmi les armes les plus efficaces de notre arsenal préventif contre les maladies infectieuses. Un vaccin contribue à assurer la prévention individuelle, mais cest la protection de la collectivité qui lemporte dans lélaboration des programmes de vaccinations vis à vis des maladies à transmission interhumaine (limmunité de groupe permet même à des sujets non immunisés déviter la contamination). Certaines vaccinations ont beaucoup contribué au recul des maladies infectieuses correspondantes (variole, poliomyélite, diphtérie, tétanos pour ne citer que celles là). Le développement des vaccins, en nombre et en qualité, est plus que jamais dactualité, ainsi que la généralisation, à léchelle mondiale, de lusage des vaccinations.
Les vaccinations recommandées visent des maladies que leur fréquence et/ou leur gravité fait considérer comme des priorités de santé publique. Il sagit dabord dans la plupart des pays du monde des 6 maladies du programme élargi de vaccinations (PEV) lancé par lOMS dès 1974. Ce sont la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, la rougeole et la tuberculose. A cette liste sajoutent dans certains pays quelques autres vaccinations, selon les risques géographiques, les priorités nationales et les ressources disponibles. Cest le cas de la rubéole, des oreillons, de lhépatite B, de lHaemophilus influenza b, dans les pays industrialisés occidentaux notamment ; de la fièvre jaune en Afrique et en Amérique tropicale ; et de lencéphalite japonaise en Asie orientale.
Les vaccinations généralisées sappliquent dabord aux jeunes enfants, dont limmunisation doit être mise en route dès lâge minimum, variable selon le vaccin (naissance, 6 à 8 semaines, 9 à 15 mois). Une dose unique est en principe suffisante pour la plupart des vaccins vivants atténués (ROR, fièvre jaune, BCG) avec une protection immunitaire rapide (2 semaines) et prolongée. Les autres vaccins (vaccins inactivés inertes et le polio oral) nécessitent des doses répétées, puis des rappels périodiques, qui visent à maintenir limmunité chez les adultes quand le risque de contamination se prolonge au-delà de lenfance. Certains vaccins (hépatite B, typhoïde, rage, hépatite A, leptospirose notamment) sont obligatoires pour certains professionnels.
La plupart des vaccins usuels peuvent être associés (injection au même moment dans des sites différents) voire combinés (vaccins mélangés dans la même seringue). Ceci permet ainsi daméliorer lacceptabilité, de simplifier le calendrier vaccinal et détendre la couverture vaccinale.
Le choix de la voie dinjection est basé sur deux éléments : la tolérance et limmunogénicité. Les vaccins adsorbés sur hydroxyde daluminium (DTCoqPolio, DTCoq, hépatites A et B) doivent être injectés par voie intramusculaire pour éviter les réactions locales et les granulomes évoluant vers labcédation. Les vaccins non adsorbés comme les vaccins à virus vivants atténués (fièvre jaune, rougeole, rubéole, oreillons, varicelle), les vaccins à virus tués (grippe, polio injectable) ou les polysaccharides capsulaires (Haemophilus influenzae type b, pneumocoque, méningocoque, et typhoïde) sont bien tolérés tant par voie sous-cutanée quintramusculaire. Cependant, limmunogénicité induite est meilleure si linjection est intramusculaire pour les vaccins de lhépatite B et de la grippe comme pour celui de la rage.
La technique et le lieu dinjection sont également très importants pour sassurer de leur efficacité. Pour une injection sous-cutanée, laiguille est inclinée à 45° par rapport au plan cutané pincé entre deux doigts. Pour une injection intramusculaire, laiguille (aiguille de 16mm de longueur) doit être perpendiculaire à celui-ci, maintenu tendu entre deux doigts et enfoncée au maximum. Pour les injections intramusculaires, le deltoïde (adulte) et le quadrant supéro-externe du quadriceps (enfant) sont les lieux dinjection préférentiels. Pour les injections sous-cutanées, il est préférable dutiliser la région postérieure du bras, la fosse sous-épineuse et la région quadricipitale.
Cest à partir de ces différentes contraintes et possibilités quest établi le calendrier des vaccinations recommandées à lensemble de la population dun pays et notamment pour la France (calendrier vaccinal 2000). En France, le calendrier vaccinal est revu régulièrement et la dernière version a été établie le 12 mai 2000 après avis du Comité Technique des Vaccinations (CTV), groupe de travail permanent de la section des maladies transmissibles du Conseil Supérieur dHygiène Publique de France (CSHPF). Ce calendrier a été publié dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire n° 27/2000 du 4 juillet 2000.
Le suivi de la plupart des vaccinations est le plus souvent assuré par le médecin généraliste. Certaines ne peuvent être effectuées que dans des centres spécialisés (centre de vaccinations internationales). Dans la plupart des cas, la vaccination est bien suivie jusquà ladolescence. A lâge adulte, les rappels des vaccins (tétanos notamment) ne sont pas effectués. Certains rappels doivent être effectués avec des doses moindres pour éviter les réactions anaphylactiques (diphtérie particulièrement). Le carnet de vaccination permet deffectuer un meilleur suivi mais les patients ont une fâcheuse tendance à légarer. Cela pourrait être évité par un système de carnet visualisable sur une carte à puce (intégrée ou non avec le dossier médical). Une expérience a été mené avec succès à Grenoble (Vaccicarte).
Les vaccins sont généralement bien tolérés et notamment ceux de dernière génération. Le plus souvent on observe une réaction locale précoce (vaccins inactivés) ou différée de quelques semaines (BCG), une réaction fébrile précoce (vaccins inactivés) ou retardée entre le 5ème et le 10ème jour (fièvre jaune, ROR), des convulsions chez le jeune enfant (coqueluche, rougeole), une réaction allergique (vaccins inactivés, rougeole), des arthralgies chez ladulte (rubéole, hépatite B) ou encore une réaction méningée (oreillons). Toutefois, certains effets secondaires connus ou inconnus peuvent être observés et dans ce cas il est impératif de remplir une fiche de pharmacovigilance.
Il est important de rappeler le respect des contre-indications de chacun dentre eux et notamment :
les situations infectieuses préoccupantes pour tous les vaccins, les réactions cliniques sévères après une injection antérieure (coqueluche, anatoxines), une allergie immédiate à lovalbumine (grippe, fièvre jaune, oreillons), une affection neurologique évolutive (coqueluche), une déficience immunitaire congénitale telle quune hypogamma-globulinémie isolée (polio oral, ROR, fièvre jaune) ou un déficit combiné (polio oral, ROR, fièvre jaune, BCG), une déficience immunitaire acquise dont la corticothérapie à forte dose prolongée (> 2mg/kg pendant > 7 jours), les affections malignes et une chimiothérapie en cours (BCG, autres vaccins vivants), une injection récente (< 6 semaines) dimmunoglobulines (rougeole, ROR), la grossesse (rubéole et autres vaccins viraux vivants), une affection maligne évolutive, une chimiothérapie.
A linverse, les affections suivantes ne contre-indiquent aucune vaccination : épisode infectieux aigu mineur (rhinopharyngite), asthme et autres manifestations atopiques, eczéma et autres dermatoses, affections chroniques cardiaques, broncho-pulmonaires, rénales ou hépatiques, séquelles neurologiques, prématurité, malnutrition, diabète et mucoviscidose. Les antécédents personnels ou familiaux de convulsions hyperthermiques ne contre-indiquent pas les vaccinations, en particulier coquelucheuse et rougeoleuse, qui sont plus susceptibles de déclencher des convulsions mais il suffit de surveiller étroitement lenfant (3 jours après la vaccination coquelucheuse et 11 jours après la vaccination rougeoleuse) et de donner un traitement antipyrétique en cas de poussée fébrile. Le SIDA avéré contre-indique le BCG mais pas les vaccins viraux vivants. La séropositivité pour le VIH ne contre-indique aucun vaccin (seul le BCG est déconseillé).
Pour ce qui concerne les voyageurs, des recommandations sont émises par différentes sociétés savantes quant aux vaccinations et à la prévention de certaines infections potentiellement graves (paludisme, fièvre jaune, ). Ces recommandations sont réévaluées annuellement et publiées dans le bulletin Epidémiologique Hebdomadaire (BEH n° 28/2001 du 10 juillet 2001 sur les recommandations sanitaires pour les voyageurs). Toutefois, on sait que les voyageurs français consultent peu leur médecin traitant avant deffectuer un voyage. Il est donc difficile dévaluer leur couverture vaccinale. Les conseils peuvent être obtenus en consultant les centres de vaccinations internationales répartis dans toute la France (liste officielle des centres de vaccinations internationales) et qui sont les seuls habilités à effectuer certaines vaccinations (fièvre jaune, encéphalite japonaise, encéphalite à tiques).
Depuis 1999 (BO 99/51), le CSHPF recommande la vaccination contre la grippe pour le personnel de santé qui a en charge des patients à risque afin déviter des transmissions de grippe nosocomiale. Le CLIN doit faire une incitation forte, en collaboration avec la médecine du Travail, auprès du personnel de santé pour la pratique de cette vaccination.
Rapport d'orientation sur la préparation de la prochaine phase de la lutte contre les infections nosocomiales
Consultation régionale sur les orientations de la lutte contre les infections nosocomiales : synthèse Midi-Pyrénées (novembre 2008)
La méningite à Neisseria meningitidis ou méningite cérébro-spinale suscite linquiétude ou même la panique lorsquelle survient. Le méningocoque est une bactérie responsable denviron 30% des méningites bactériennes en France. Maladie très contagieuse par la voie pharyngée, elle justifie que lon prenne des mesures immédiates pour prévenir léclosion tant redoutée de cas secondaires dans lentourage du cas index (premier malade). Toutefois, langoisse naturelle conduit parfois à des prescriptions inutiles et coûteuses. Cest une maladie à déclaration obligatoire (fiche spécifique de DO).
Les recommandations en cas de méningite cérébro-spinale sont régulièrement réévaluées. Elles sont expliquées dans deux récentes circulaires approuvée par le Conseil Supérieur dHygiène Publique de France (circulaire DGS/SD5C n° 542 du 8 novembre 2001 et circulaire DGS/SD5C n° 543 du 9 novembre 2001). Ces deux circulaires se substituent à celle publiée en 1990.
Les mesures à prendre vis à vis du malade sont tout dabord lhospitalisation avec isolement septique en raison de la forte contagiosité. Dès que le diagnostic est confirmé par le laboratoire de bactériologie, la déclaration est obligatoire pour le bactériologiste et/ou le clinicien avec contact immédiat par téléphone avec le médecin de la DDASS chargé des mesures de prévention. Dès lisolement de la souche de méningocoque, le bactériologiste ladresse pour sérotypage au Centre National de Référence (Dr Riou, Dr Alonso, Institut Pasteur à Paris). Après le traitement antibiotique curatif de sa méningite, le patient recevra une antibiothérapie préventive, comme les sujets contacts, car il peut rester porteur. Par la suite, la déclaration complète (formulaire préimprimé) sera adressée à la DDASS.
Les mesures préventives concernant lentourage sont basées sur lantibiothérapie prophylactique associée ou non à la vaccination :
- Lantibiothérapie prophylactique (chimioprophylaxie) repose sur un antibiotique efficace sur le méningocoque et à forte concentration intra-salivaire. On utilise la rifampicine (gélules à 300mg) pendant 2 jours à la dose de 600mg deux fois par jour chez ladulte, à la dose de 10/mg/kg deux fois par jour chez lenfant de 1 mois à 12 ans, et à la dose de 5 mg/kg deux fois par jour avant lâge de 1 mois. La rifampicine est contre-indiquée en cas de grossesse, dinsuffisance hépatocellulaire grave, de porphyries ou dintolérance connue. Elle peut colorer de manière indélébile les lentilles de contact et interagit avec les oestroprogestatifs oraux. Dans ces cas, on a recours à la spiramycine durant cinq jours à la dose de 3 millions dunités deux fois par jour et 75OOO UI/kg deux fois par jour chez lenfant.
- Le vaccin antiméningococcique A+C est également administré si le méningocoque est de sérotype identique (exceptionnel en France pour le sérotype A et 25% des cas pour le sérotype C). Le vaccin est en général recommandé avant lâge de 18 mois (3 mois pour le méningocoque A et 1 an pour le méningocoque C) avec des anticorps qui apparaissent entre le 5ème et le 7ème jour. Le vaccin réduit le taux dinfection mais non le portage doù limportance de la chimioprophylaxie associée que le vaccin ne peut pas remplacer.
Les sujets contacts relevant de la chimioprophylaxie sont ceux qui vivent au domicile du cas index, ou ceux qui ont vécu dans la même pièce dans les 10 jours précédents et qui ont été exposés aux sécrétions oropharyngées par un contact rapproché (moins de 1 mètre) et prolongé. Le rôle du médecin hospitalier est de prescrire très rapidement cette chimioprophylaxie à la famille du malade et à lentourage proche. Le médecin de la DDASS est chargé détablir ces mesures auprès des établissements où le malade a pu séjourner. Pour les crèches, les pouponnières et les écoles maternelles, la chimioprophylaxie concerne tous les enfants ainsi que le personnel en raison de la proximité étroite et généralisée. Dans les écoles primaires, les collèges et les lycées, on traite les enfants ayant un contact fréquent (voisins de classe mais pas de réfectoire, compagnons de jeux) voire la classe entière mais pas tout létablissement (indispensable si plus de trois cas survenus dans 2 classes différentes à un mois dintervalle). A luniversité, on ne traite que les camarades habituels. Dans un internat, les voisins du même dortoir sont traités.
Certaines mesures sont inutiles telles que lisolement secondaire des sujets contacts, la désinfection des classes ou la fermeture des établissements, la désinfection rhinopharyngée, le prélèvement rhinopharyngé des sujets contacts, lextension des mesures prophylactiques à des populations plus larges que celles définies ci-dessus. Ces mesures prophylactiques sont dautant plus efficaces quelles sont instituées rapidement. Elles ne présentent quun intérêt limité si elles sont prises plus de 8 jours après le diagnostic.
Listeria monocytogenes, responsable de la listériose, est un petit bacille à Gram positif, à tropisme intracellulaire, remarquable par sa capacité de multiplication à basse température (4°C) et sa résistance à de nombreux agents physiques et chimiques. Le milieu extérieur (sol, eaux, plantes, ensilage) constitue le véritable réservoir de germes, à partir duquel lhomme et lanimal se contaminent indépendamment lun de lautre. Chez lhomme, lexistence de porteurs sains intestinaux suggère une contamination digestive (épidémies dorigine alimentaire).
Peu pathogène chez lhomme normal, où elle se comporte en parasite intracellulaire facultatif, cette bactérie peut être à lorigine dinfections sévères lorsquil existe une diminution physiologique des mécanismes de défense (nouveau-né, prématuré, vieillard, cirrhose, ) et surtout un déficit de limmunité cellulaire (affections malignes, hémopathies lymphoïdes, traitements immunodépresseurs, transplantations et notamment rénale,...).
Le diagnostic de linfection est avant tout bactériologique avec lidentification du germe à partir des différents prélèvements (sang, LCR, placenta, liquide gastrique, ). La recherche danticorps nest pas très sensible mais de nouvelles techniques sont en cours dévaluation (anticorps dirigés contre la listériolysine O). En cas dépidémie, aucune technique ne permet de faire un diagnostic préemptif chez les patients à risque. La recherche danticorps na aucun intérêt. Seule peut se discuter la recherche de la bactérie dans les selles (coprocultures).
Pour les patients à risque, certaines mesures peuvent être mises en place pour éviter une éventuelle contamination (BEH n° 23/1995) :
- Certains aliments sont à éviter comme les fromages à pâte molle, ou au lait cru, les poissons fumés, et les graines germées crues.
- Pour les achats de produits de charcuterie consommés en létat (pâté, rillettes, produits en gelée, jambon, ), préférer les produits préemballés et les consommer rapidement après leur achat.
- Certaines règles dhygiène sont à respecter comme cuire soigneusement les aliments crus dorigine animale (viandes, poissons), laver soigneusement les légumes crus et les herbes aromatiques, conserver les aliments crus (viandes, légumes, ) séparément des aliments cuits ou prêts à être consommés. Après la manipulation daliments non cuits, se laver les mains et nettoyer les ustensiles de cuisine qui ont été en contact avec les aliments. Nettoyer fréquemment et désinfecter ensuite avec de leau javellisée votre réfrigérateur.
La listériose est une maladie à déclaration obligatoire (fiche spécifique de DO). Dès que le diagnostic est posé, le cas de listériose doit être signalé à la DDASS du département où réside le patient. Une fiche de déclaration est adressée au médecin inspecteur de santé publique (MISP) qui la transmet à lInstitut National de Veille Sanitaire (InVS), après avoir vérifié que toutes les informations ont bien été recueillies (décret n° 98-69 du 13 mars 1998 et circulaire DGS/VS n° 98/240 du 15 avril 1998). Il doit sassurer que la souche bactérienne a bien été envoyée au Centre National de Référence (CNR) au laboratoire des Listeria à lInstitut Pasteur et il est chargé de faire remplir un questionnaire alimentaire auprès du patient et de son entourage.
Les toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) sont fréquentes (10000 cas en France) et parfois graves (mortalité de 0,05%). Elles représentent un problème de santé publique et sont des maladies transmissibles à déclaration obligatoire. Un foyer de TIAC est défini par lapparition dau moins deux cas dune symptomatologie, en général digestive, dont on peut rapporter la cause à une même origine alimentaire. La surveillance, le contrôle et la prévention des TIAC nécessitent une collaboration étroite entre les médecins, les vétérinaires, les épidémiologistes, et les professionnels de la restauration collective et du secteur agro-alimentaire.
Les TIAC sont en rapport avec la consommation daliments contaminés (volailles, ufs principalement) par certaines bactéries ou leurs toxines. Elles peuvent survenir en milieu collectif (crèches, hôpitaux, restaurants) ou familial. Les trois micro-organismes principalement en cause sont par ordre de fréquence décroissante : Salmonella sp. (S. enteritidis et S. typhimurium), Staphylococcus aureus et Clostridium perfringens. Dautres germes sont également en cause tels que Shigella sp., Campylobacter jejuni, Yersinia enterocolitica, Vibrio parahaemolyticus, les rotavirus, Bacillus cereus, Escherichia coli entérotoxinogènes, Escherichia coli entéro-hémorragiques (souche 0157 H7), Aeromonas hydrophila, mais aussi Clostridium botulinum (botulisme), les scombrotoxines histamine-like du phytoplancton et les neurotoxines des dinoflagellae.
Les symptômes sont principalement digestifs (syndrome dysentérique, syndrome gastro-entéritique, syndrome cholériforme) et ils surviennent entre 1 heure après le repas contaminant (S. aureus et neurotoxines) et 72 heures selon le micro-organisme en cause. Le diagnostic est basé sur linterrogatoire et lanalyse des selles (coproculture).
Linvestigation dun foyer de TIAC est une mesure de surveillance qui, en identifiant lorigine de la contamination et les facteurs ayant contribués à la multiplication microbienne, a pour but déviter toute extension du phénomène et de prévenir les récidives. Par principe, il faut suivre une certaine logique :
prévenir le médecin de létablissement ou le médecin traitant, identifier les malades ayant eu des signes cliniques, établir une liste comportant pour chaque malade son nom, la nature des symptômes (vomissements, diarrhée, fièvre, ), la date et lheure de lapparition de ces symptômes, conserver les restes des matières premières et des denrées servies à la collectivité au cours des trois derniers jours (à conserver au réfrigérateur et non au congélateur), effectuer des prélèvements de selles et de vomissements chez les malades, préparer une liste des menus des repas des trois derniers jours, déclarer par téléphone la TIAC au médecin inspecteur de la DDASS ou à défaut au service vétérinaire dhygiène alimentaire, lenquête sanitaire est effectuée par les autorités compétentes, faire la déclaration à la DDASS sur une fiche spécifique (fiche spécifique de DO).
Les toxi-infections alimentaires, même si elles ne sont pas rares, ont été nettement contrôlées par différentes mesures prophylactiques que sont lamélioration et le respect des règles dhygiène (abattage, transport, cuisine, ), lamélioration des circuits alimentaires (chaîne du froid, liaison chaude, liaison surgelée), léducation sanitaire du personnel de la chaîne alimentaire (tenue, hygiène corporelle, hygiène générale), une surveillance médicale des personnels, des contrôles systématiques par la DDASS, la direction des services vétérinaires, la direction de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes.
Bien que plusieurs observations aient mis en évidence quun traitement contre le virus du SIDA (VIH) donné même précocement après une exposition au virus ne permet pas de supprimer tout risque de transmission de ce virus, une étude franco-anglo-américaine a permis de montrer que la prescription précoce de Retrovir° (lun des médicaments utilisés dans le traitement du VIH) permet de réduire le risque de transmission dun facteur 5 (cinq fois moins de transmission du virus en cas de prescription précoce de ce traitement) après accident avec exposition au sang. Lintérêt dun traitement précoce post-exposition semble donc démontré. Les échecs du traitement par Retrovir°, commercialisé depuis 1987, pouvant en partie être expliqués par lapparition de virus résistants, il apparaît aujourdhui plus logique, de proposer aux personnes tout récemment exposées au risque de transmission du virus une association de deux ou trois molécules actives sur le virus (multithérapie). Une note dinformation (note DGS/DH/DRT n° 666 du 28 octobre 1996) a été élaborée sur la conduite à tenir en cas daccident avec exposition chez les professionnels de santé.
Depuis 1998, des recommandations de prise en charge précoce des personnes exposées au risque de contamination par le VIH ont été étendues, au-delà des professionnels de santé victimes daccidents du travail les exposant au sang de patients séropositifs, aux personnes exposées par voie sexuelle ou lors déchange de seringues dans le milieu toxicomane (circulaire DGS/DH/DRT/DSS n° 98/228 du 9 avril 1998). Cette circulaire a été modifiée en 1999 en permettant de prendre en compte le risque associé de transmission des virus de lhépatite B et de lhépatite C (circulaire DGS/DH/DRT n° 99/680 du 8 décembre 1999). Ces circulaires contiennent des outils daide à la quantification du risque de contamination en fonction de la situation décrite par la personne exposée.
La population générale, les médecins généralistes, le réseau associatif intervenant auprès des usagers de drogue ont été informés des lieux où peut être réalisé laccueil des personnes récemment exposées (en général, la prise en charge initiale peut avoir lieu dans les services daccueil des urgences des hôpitaux publics). Ce dispositif sadresse à toute personne ayant été exposée récemment au risque de transmission du VIH ou des hépatites B ou C, par voie sanguine (exposition accidentelle chez un professionnel de santé ou non, exposition par partage de matériel dinjection chez les toxicomanes) ou sexuelle.
Il est important de rappeler que ces mesures durgence ne se substituent pas aux recommandations générales de prévention (précautions universelles pour les professionnels de santé, et utilisation du préservatif notamment) mais les complètent en cas daccident (rupture de préservatif par exemple) ou de défaillance de prévention (déchirure dun gant par exemple).
Le risque dune éventuelle transmission dun agent viral est variable en fonction du type dagent en cause et pour chaque type dexposition. La quantification des risques de séroconversion selon le mode dexposition à une personne source infectée est évaluée dans le tableau ci-après.
VIH |
Hépatite C |
Hépatite B(si non vacciné) |
Personnel soignant :Piqûre avec une aiguille creuse |
0,32% |
< 3% |
30% |
Personnel soignant :Projection de sang (il) |
< 0,1% |
? |
Non quantifié |
Echange de seringues(toxicomane IV) |
0,67% |
Important |
Important |
Exposition sexuelle :Rapport anal réceptif |
0,5 à 3% |
0 ? |
Important |
Exposition sexuelle :Rapport vaginal réceptif |
0,05 à 0,15% |
0 ? |
Important |
Exposition sexuelle :Rapport anal insertif |
0,03 à 0,06% |
0 ? |
Important |
Exposition sexuelle:Rapport bucco-génitaux |
? ? ? |
0 ? |
? ? ? |
Limportance du risque est appréciée par le médecin, lors de la consultation initiale, en fonction des données concernant la personne source (différents statuts sérologiques connus ou non et dans ce cas possibilité de les obtenir rapidement), le délai séparant la dernière exposition, les circonstances dexposition (sexuelle ou sanguine) et les facteurs modifiant le risque (lésions cutanées, port de gants). Le délai écoulé à partir de lexposition au risque est un facteur déterminant les indications de traitement. En effet, si un traitement spécifique doit être débuté, il est nécessaire de le commencer le plus tôt possible (48 heures maximum). Après ce délai, on ne peut assurer le bénéfice potentiel dun tel traitement. Toutefois, intervient en dernière instance la demande du patient et la décision du médecin, qui peut être amené à prescrire un traitement au-delà des recommandations et ceci pour de multiples raisons.
Dans le cas dun accident dexposition au sang ou à un autre liquide biologique pour un professionnel de santé, il est primordial de rappeler les mesures immédiates à prendre avant tout autre chose cest à dire laver et désinfecter la zone exposée.
- en cas de piqûre ou de blessure, laver à leau et nettoyer au savon doux, rincer puis immerger la zone blessée dans une des solutions suivantes (Betadine° dermique, alcool à 70°, solution deau de javel à 12°Chl diluée au 1/10, Dakin stabilisé) pendant 5 minutes afin de réaliser lantisepsie.
- en cas de projection sur les muqueuses et yeux, rincer abondamment pendant au moins 5 minutes à leau ou au sérum physiologique.
La consultation initiale permet de débuter un suivi sérologique, en déterminant si le patient consultant est déjà infecté par un des trois virus ou non protégé contre lhépatite B, et de décider si un traitement dirigé contre le VIH doit ou non être débuté.
La conduite à tenir vis à vis du risque de transmission du virus de lhépatite B (patient source porteur de lantigène HBs) est sensiblement identique pour le personnel soignant, une exposition sexuelle, ou le toxicomane intraveineux. Toute personne nayant pas été vaccinée ou incorrectement vaccinée (Ac HBs < 10 UI/l) se verra proposer une vaccination (sous réserve, bien sûr, de labsence de contre indication). Pourra être associé à cette vaccination, linjection danticorps anti-hépatite B (500 UI en intramusculaire dimmunoglobulines spécifiques), permettant dobtenir une protection immédiate contre le risque de transmission du virus, avant même que la vaccination soit efficace.
La conduite à tenir vis à vis du risque de transmission du virus de lhépatite C est applicable pour le personnel soignant et le toxicomane intraveineux. Seule la mise en route dun suivi est préconisée. Une sérologie de lhépatite C et un dosage régulier des transaminases seront régulièrement réalisés pour rechercher les stigmates du début dune infection (primo-infection) par le virus de lhépatite C. Si une transmission de ce virus est ainsi mise en évidence, un traitement curatif (interféron associé à la ribavirine) sera rapidement entrepris. Il a alors toutes les chances dêtre efficace.
La conduite à tenir vis à vis du risque de transmission du VIH est plus complexe. Un suivi sérologique est débuté dans tous les cas. Avant quun traitement ne soit éventuellement proposé à la personne, une information lui sera délivrée concernant léchec possible de ces traitements et sur les effets secondaires potentiels (assez nombreux bien quexceptionnellement graves) ainsi que sur la nécessité de se soumettre à un suivi spécialisé. Un tel traitement (bi ou trithérapie) ne peut avoir dintérêt que sil est donné rapidement après lexposition. Si un délai de plus de 72 heures (voire 48 heures) sépare lexposition de la consultation, la prescription dun traitement nest probablement pas utile. Le choix de traiter se basera sur la nature de lexposition et sur les renseignements disponibles concernant la personne source. Si la personne source est infectée par le virus du SIDA, le choix du traitement tiendra compte des éventuelles données disponibles concernant son traitement (actuel et passé) et concernant lefficacité de ce traitement. Le traitement prophylactique est initialement prescrit pour 48 heures (kit disponible aux urgences le plus souvent). Son indication est ensuite réévaluée par un médecin expert. Sil est poursuivi, il le sera pour une durée totale de 4 semaines.
Il est important de rappeler que toute personne victime dun accident dexposition doit être informée sur les risques potentiels de transmission des différents virus incriminés pendant leurs périodes respectives dincubation doù la nécessité dun test de grossesse initialement pour les femmes (en cas de traitement prophylactique), dune contraception efficace pendant la durée du traitement et/ou du suivi, de lutilisation systématique du préservatif pour les rapports sexuels avec leur(s) partenaire(s) habituel(s) ou occasionnel(s).
En tout état de cause, ces procédures destinées à agir après un accident ou une défaillance de prévention ne doivent pas faire oublier les actions de prévention existantes. Une consultation post-exposition doit toujours être loccasion dune information destinée à prévenir la répétition de lexposition. la lourdeur du suivi proposé ne permet pas de comparer ces traitements à une simple pilule du lendemain. Les risques dintolérance médicamenteuse sont réels. Lefficacité reste incomplète.
La surveillance de la légionellose en France est principalement basée sur le système de la déclaration obligatoire (fiche spécifique de DO) mise en place en 1987. Toutefois, le nombre de cas déclaré est resté faible. Depuis la diffusion dun guide dinvestigation autour dun ou plusieurs cas de légionellose (BEH n° 20-22 de mai 1997) et la parution dune circulaire de la Direction Générale de la Santé en avril 1997 (circulaire DGS n° 97/311 du 24 avril 1997), ce nombre a été en très nette augmentation. La pression médiatique a quelque peu exagéré le phénomène sans quil y ait en fait une recrudescence de cette maladie.
La légionellose se définit par lexistence dune pneumopathie clinique et radiologique associée à un des résultats suivants :
isolement de Legionella spp. dans un prélèvement à visée diagnostique, augmentation du titre danticorps (x4) avec un deuxième titre minimum de 128, immunofluorescence directe positive, présence dantigène soluble urinaire.
La recherche dantigènes solubles urinaires à lavantage dobtenir un diagnostic précoce de la maladie par rapport à la sérologie qui est très souvent retardée (3 à 8 semaines). Toutefois, cette recherche très sensible nest spécifique que de Legionella pneumophila de sérotype 1 (représente 80% des légionelloses). Quel que soit son résultat, elle ne dispense en aucune façon de la réalisation de la sérologie ou de toute autre technique disolement (culture avec sérotypage possible à titre épidémiologique).
La durée dincubation de la légionellose étant de 2 à 10 jours, tout cas suspect survenant dans un établissement de santé alors que le malade est resté pendant ces 10 jours dans létablissement, sera un cas nosocomial certain. Si le malade na séjourné quun jour ou plus dans cet intervalle de 10 jours, le cas sera déclaré nosocomial probable.
Il existe des facteurs prédisposants à cette maladie infectieuse potentiellement grave (20% de décès). Il sagit des néoplasies profondes et des hémopathies, des traitements immunosuppresseurs, des insuffisants respiratoires, dune intoxication éthylo-tabagique et à moindre degré du diabète.
Du fait de lécologie de cette bactérie (système hydrique), il est retrouvé une exposition à un risque dans une grande proportion de cas (séjour en hôtel, campings, établissement thermal, hôpital, ). Afin déviter tout risque de contamination dans les bâtiments recevant du public, des recommandations ont été émises en 1998 sur lentretien des réseaux deau (circulaire DGS n° 98/771 du 31 décembre 1998).
Devant tout cas de légionellose nosocomiale dans un établissement de santé, une enquête environnementale doit être menée.
Lencéphalopathie spongiforme bovine ou maladie de " la vache folle " (dorigine animale) et la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (dorigine humaine) résultent de la présence et du développement dans le cerveau des individus atteints, dagents transmissibles non conventionnels (ATNC) ou prions (parce quil semble sagir dune protéine anormale) dont laccumulation entraîne une destruction progressive du cerveau (maladies neurologiques dégénératives avec accumulation de substance inerte entraînant la mort des neurones). Ces maladies font partie des encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST) qui peuvent toucher de nombreux mammifères dont lhomme. La première description clinique dESST remonte à 1732 et concernait la tremblante du mouton ou de la chèvre.
Le caractère transmissible de ces maladies a pu être démontré en 1938, transmission qui peut être reproduite expérimentalement en injectant un fragment de cerveau dindividu malade à un individu de même espèce et même, sous certaines conditions, à un individu dune espèce différente.
Lincubation (durée séparant la date de contamination de la date de survenue des premiers signes de la maladie) est longue : plusieurs mois à plusieurs années. Les manifestations de la maladie sont des troubles de léquilibre, des mouvements anormaux et des troubles des fonctions intellectuelles qui saggravent progressivement pour évoluer en moins dun an vers la mort. Les malades ne présentent pas de fièvre et lon ne retrouve pas au niveau de leur sang danomalies pouvant évoquer lexistence dune infection évolutive.
Toutes les études réalisées à ce jour, nont jamais permis de retrouver chez les individus malades dagents infectieux classiques tels que bactéries, virus, champignons ou parasites. Doù le terme dagents transmissibles non conventionnels (ATNC) utilisé pour définir les agents responsables de ces maladies.
Les différentes maladies dues aux prions sont regroupées de la façon suivante :
chez lhomme, la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ), le synrome de Gertsmann-Straüssler-Scheinker (SGSS), linsomnie fatale familiale (IFF) et le Kuru. chez lanimal, la tremblante du mouton et de la chèvre, lencéphalopathie du vison, lencéphalopathie spongiforme bovine (ESB), la maladie du dépérissement chronique des ruminants sauvages, lencéphalopathie spongiforme féline.
La maladie de Creutzfeldt-Jakob a été décrite par ces auteurs en 1920 dans sa forme sporadique. Cest une maladie à déclaration obligatoire depuis le 19 septembre 1996 (décret n° 96-838 et arrêté du 19 septembre 1996), de même que les autres ESST (fiche de déclaration obligatoire). Cette déclaration présente une particularité puisque le diagnostic définitif nétant certain quaprès confirmation neuropathologique (autopsie), la DO concerne toute suspicion de la maladie établie sur des critères précis. De plus, il ny a pas de transmission hebdomadaire du nombre de cas par la DDASS mais la circulaire relative à la surveillance de ces maladies prévoit la transmission immédiate (par télécopie) à lInVS de la fiche de DO validée par la DDASS ainsi que tout certificat de décès mentionnant cette cause. Des données épidémiologiques sont disponibles depuis 1999 (BEH n° 34/1999).
Il existe actuellement différentes formes dencéphalopathies spongiformes subaiguës transmissibles humaines (ESST). Ces quatre formes sont détaillées ci-après :
La forme classique ou sporadique pouvant survenir chez nimporte quel individu. Elle représente la forme majoritaire (85 à 90% des cas). Elle touche les deux sexes entre 50 et 70 ans. Son incidence est stable aux alentours de 1 cas par an et par million dhabitants (80 cas par an en France et 630 décès environ en France depuis 1992). La forme familiale (liée à certaines caractéristiques génétiques de lindividu avec transmission autosomique dominante) représentant 5 à 10% des cas (près de 70 décès en France depuis 1992). Le début des symptômes survient entre 40 et 55 ans et lévolution est plus longue (en moyenne entre 8 et 20 mois). La forme iatrogénique (consécutive à certains actes thérapeutiques) reconnue en 1974. Elle peut résulter dune contamination par du matériel neurochirurgical, faire suite à des greffes de cornée (2 cas) ou de dure-mère prélevées chez des sujets décédés de la MCJ (107 cas), ou être la conséquence de linjection dhormone de croissance extraite du cerveau dindividus décédés de la MCJ. Cela représente 84 décès depuis 1992 en France. Le tableau clinique est variable selon le mode de contamination avec une incubation de lordre de 16 mois en cas de greffe et de lordre de 12 ans en cas dinjection dhormones extractives. Une quatrième forme, nouvelle variante de la MCJ (nv-MCJ), est maintenant reconnue. Lagent responsable semble être sans équivoque celui impliqué dans la maladie de la vache folle ou ESB. Plus de 100 cas certains ou probables ont été décrits à ce jour, presque tous en Grande-Bretagne et 4 cas en France (données daoût 2001). Cette nouvelle forme a des caractéristiques particulières puisquelle touche une population plus jeune (20 à 40 ans), que son évolution est plus longue sur 1 à 2 ans (14 mois en moyenne). On observe une prédominance des troubles du comportement (formes psychiatriques), des douleurs des membres inférieurs et des douleurs lombaires. Certaines anomalies retrouvées lors de létude microscopique du cerveau des patients décédés de ce nouveau variant sont caractéristiques, avec des similitudes dans celles décrites dans lESB mais des différences notables avec celles retrouvées dans les autres formes de la MCJ.
En raison de la rareté de la maladie, le diagnostic est le plus souvent difficile à établir. Les signes cliniques sont ceux dune démence pour la MCJ sporadique, mais le tableau peut être plus atypique pour la nv-MCJ (formes psychiatriques pures). La ponction lombaire permet de faire un dosage de la protéine 14-3-3 (témoin de la lyse des cellules nerveuses) mais elle nest pas spécifique de la MCJ. Lélectroencéphalogramme est essentiel dans la forme sporadique. Le scanner et lIRM peuvent montrer des éléments dorientation mais permettent surtout déliminer dautres pathologies. La présence de la protéine PrP-sc dans la biopsie amygdalienne est un bon élément dorientation dans la nv-MCJ. Le diagnostic de probabilité est obtenu sur un ensemble de critères cliniques et paracliniques. Le seul diagnostic de certitude est lanalyse anatomo-pathologique du cerveau lors de lautopsie. Seuls certains centres spécialisés sont habilités pour effectuer les tests génétiques et les études anatomo-pathologiques (circulaire DGS/DHOS/DGAS/DSS n° 139 du 14 mars 2001).
Comme annoncé dans la circulaire DGS/DHOS/DGAS/DSS/2001 n°139 du 14 mars 2001 relative à la prise en charge des personnes atteintes d'encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles, la cellule nationale d'aide à la prise en charge des Maladies de Creutzfeldt-Jakob, est en cours d'installation à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, sous la responsabilité du Docteur Jean -Philippe BRANDEL. A terme, la cellule sera en mesure de répondre à l'ensemble de ses missions fixées par la circulaire n°139 du 14 mars 2001, et notamment l'information des professionnels et des particuliers. A ce jour, la cellule peut aider les professionnels sur les modalités de diagnostic, les examens à pratiquer, l'interprétation des résultats, les possibilités de prise en charge sanitaire, sociale ou médico-sociale et l'accompagnement psychologique des patients et de leur famille. Cependant, cette cellule n'est pas un lieu de prise en charge des patients et n'a pas vocation à recevoir les patients et leurs familles. D'ores et déjà, vous pouvez communiquer les coordonnées de la cellule aux professionnels souhaitant des informations supplémentaires sur les points ci-dessus. (coordonnées : Cellule nationale d'aide à la prise en charge des MCJ INSERM U360 Groupe hospitalier Pitié-Salpétrière 47-53 Boulevard de l'Hôpital 75013 PARIS, Tél : 01.42.16.26.26 Fax : 01.42.16.26.25).
Lencéphalopathie spongiforme bovine (ESB) est de connaissance récente (1er cas signalé en 1986 en Angleterre). Actuellement, plus de 180000 cas ont été confirmés en Grande-Bretagne. Des cas ont été ensuite décrits en France (plus de 500) et aujourdhui en Allemagne, en Espagne, . Lincubation est longue, 2 à 5 ans voire plus. La mort survient habituellement entre 6 et 8 semaines après le début des signes cliniques. La source de contamination retenue est lutilisation de farines protéiques fabriquées à partir de carcasses danimaux contaminés (moutons atteints de tremblante, puis bovins atteints dESB). Les prions ingérés seraient alors tout dabord concentrés dans les tissus riches en cellules lymphocytaires de la paroi du tube digestif (plaques de Peyers), diffuseraient ensuite à lensemble des organes riches en cellules lymphocytaires (ganglions, rate, amygdales) avant datteindre le cerveau. La présence de prions dans ces différents organes lymphoïdes est une spécificité de lESB, qui peut être mise à profit pour réaliser un test diagnostic précoce de cette maladie, avant que le cerveau ne soit atteint et avant lapparition des signes de la maladie (test réalisable à partir dun prélèvement damygdale). La classification des tissus et fluides corporels en fonction de leur titre infectieux dans les ESST naturelles est résumée ci-après (classification OMS 1992) :
Catégorie 1Haute infectiosité |
Cerveau, moelle épinière, il et nerf optique, dure-mère, hypophyse, liquide céphalo-rachidien |
Catégorie 2Infectiosité moyenne |
Rate, ganglions lymphatiques, amygdales, iléon, appendice, colon proximal et distal |
Catégorie 3aInfectiosité faible |
Nerf sciatique, glandes surrénales, placenta, muqueuse nasale |
Catégorie 3bInfectiosité minime |
Thymus, moelle osseuse, foie, poumon, pancréas, rein, thyroïde |
Catégorie 4Infectiosité non détectée |
Caillot sanguin, sérum, lait, colostrum, glande mammaire, cur, muscles squelettiques, ovaires, utérus, testicules, fécès |
Les farines animales ont été interdites dans lalimentation des ruminants dès 1988 en Grande-Bretagne ce qui a permis de voir lépidémie se stabiliser dès 1993. Elle semble désormais en voie de régression. Toutefois, la régression est lente et lon estime que 40000 bovidés, nés pourtant après cette interdiction, ont développé une ESB. Ces animaux dits " naïfs " nauraient pas dû contracter la maladie et il semble quune contamination verticale de la vache au veau puisse être exclue. Il pourrait donc exister dautres voies de contamination, à moins que, hypothèse plus probable, la réglementation mise en place en 1988 nait été contournée par certains ! ! ! ! ! En France, toute proportion gardée, les cas dESB progressent, bien que les farines carnées aient été interdites depuis 1990 pour les ruminants. Ainsi il a été observé 18 cas en 1998, 31 en 1999, et plus de 70 durant lannée 2000 (à noter toutefois que lintroduction de tests de dépistage en France durant le second semestre 2000 a permis de dépister des cas chez des animaux qui ne présentaient aucun signe de la maladie et qui ne pouvaient donc pas être identifiés au cours des années précédentes).
Les prions sont des protéines de très petite taille (15 à 40 nm), au sein desquelles il na jamais été mis en évidence de matériel génétique (ADN ou ARN). Lhypothèse du prion est le fruit des travaux de Stanley Prusiner, travaux pour lesquels il a obtenu le Prix Nobel de Médecine en 1997. Evoquée dès 1970, cette hypothèse a été élaborée dans les années 1981-1984. Elle repose sur le fait que la purification du tissu cérébral dindividus malades permet disoler une protéine (glycoprotéine). Si cette seule protéine est injectée à un individu sain, elle a le pouvoir de le rendre malade ; et si cette protéine est détruite, linjection dun fragment de cerveau dindividu malade à un individu sain ne déclenche pas lapparition de la maladie. Cette protéine a été appelée la protéine " prion ", contraction et déformation du terme " proteinaceus infectious particle ". Elle a aussi été appelée PrP pour " Proteinase Resistant Protein ". Chez lindividu infecté, cette protéine est résistante à laction de la protéinase K, enzyme normalement capable de détruire les protéines synthétisées par lindividu, ce qui nous permet déliminer les protéines contenues dans notre organisme lorsquelles ne sont plus utiles. Cette résistance à la protéinase K explique donc que les prions qui ne peuvent être éliminés, saccumulent dans le cerveau et conduisent lentement à sa destruction.
La protéine prion PrP du sujet infecté est maintenant parfaitement connue. Elle sest révélée être lisoforme dune protéine normalement présente chez lindividu sain, cest à dire quelle a la même composition quune protéine normalement présente dans notre cerveau, mais une conformation différente dans lespace (une protéine est une succession de composants élémentaires que sont les acides aminés, cette chaîne dacides aminés constitue la structure primaire de la protéine, cette chaîne se replie ensuite pour obtenir une conformation qui lui est propre selon les trois dimensions de lespace). Cest cette forme particulière qui explique la résistance de la protéine anormale à la protéinase K. On distingue ainsi :
la PrP-res (pour " résistant "), plus rarement appelée PrP-sc (pour scrapie), résistante à la protéinase K et responsable de la maladie. La PrP-sen (pour sensible) ou PrP-c (pour " cell "), protéine normale sensible à la protéinase K. Son rôle chez lindividu sain est encore inconnu. Elle est fabriquée par notre organisme sous laction dun gène situé sur le chromosome 20 chez lhomme.
Cette dimension génétique explique quil existe une certaine barrière despèce dans la transmission des ATNC responsables des ESST et que la susceptibilité individuelle à pouvoir développer ce type de maladie est différente dun individu à lautre. Ainsi, chez lhomme, toutes les formes familiales de MCJ sont associées à des mutations du gène de la PrP (codon 178, codon 180, codons 200 et 210). Les autres formes dESST humaines semblent souvent liées à une susceptibilité individuelle liée au polymorphisme du codon 129. La population générale est à 50% homozygote pour ce codon (les deux brins dADN constituant le gène de la PrP-c codent tous deux pour le même acide aminé Méthionine/Méthionine ou Valine/Valine). La majorité des sujets présentant une MCJ sporadique sont homozygotes (surtout Met/Met). Les sujets présentant une MCJ iatrogène sont presque tous homozygotes (le plus souvent Val/Val). Les sujets présentant une nv-MCJ sont également homozygotes (surtout Met/Met). Ainsi, dune manière générale, lhomozygotie au codon 129 semble un facteur de susceptibilité vis à vis de la maladie.
La résistance physico-chimique des prions est très importante. Le traitement par la soude caustique pure ou lhypochlorite de sodium (eau de javel) à 2,5% de chlore pendant une heure est efficace de même que la chaleur humide (autoclave) à condition dexposer ces agents à une chaleur dau moins 136°C pendant au moins 18 minutes. Les antiseptiques sont inefficaces.
La possibilité de transmission des ATNC de lanimal à lhomme semble actuellement admise. Si la transmission de la tremblante du mouton à lhomme na jamais pu être réalisée (barrière despèce efficace et mauvaise transmission des ATNC par voie orale), il nen est plus de même depuis lépidémie de " vache folle ". En mars 1996, le ministre anglais de la santé a été amené à faire officiellement état de cette préoccupation devant le parlement. La reconnaissance du nouveau variant de la MCJ (nv-MCJ) pose le problème dune possible contamination orale par le prion de lESB. Et plusieurs résultats expérimentaux sont venus confirmer que cest bien lagent de lESB qui est responsable de la nouvelle variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Le mode de passage de lagent de lESB à lhomme est très probablement oral, consécutif à lingestion de certains organes danimaux malades. LESB est transmissible par voie orale aux félidés et est à lorigine de lencéphalopathie spongiforme féline dont les premiers cas ont été décrits en 1990 (plus de 90 cas recensés en Angleterre à ce jour). Létude moléculaire de la PrP permet de constater que la protéine prion du groupe nv-MCJ est identique chez les différents cas certains mais différentes des cas de MCJ iatrogénique et sporadique.
Ces différents constats ont amené les pouvoirs publics français à prendre une série de mesures de santé publique, parmi lesquelles linterdiction dutiliser des farines animales pour nourrir les bovidés, linterdiction dincorporer des abats à risque et des cadavres danimaux dans les farines destinées aux porcs et volailles (1996), linterdiction dimporter des produits bovins britanniques (1996), labattage du troupeau en cas de survenue dun cas dESB, linterdiction de consommer des parties du buf considérées comme dangereuses (cervelles et moelle des animaux de plus de 6 mois, amygdales des animaux de plus de douze mois, rate, thymus), et tout dernièrement linterdiction dutiliser les intestins de tout bovin. A ce jour, il na jamais été possible de mettre en évidence la présence dATNC dans la viande (muscle squelettique) et le lait de bovins atteints dESB. La consommation de ces aliments apparaît donc dénuée de tout risque de transmission de la maladie. Plus récemment, dautres mesures sont venues compléter les précédentes avec interdiction totale dutiliser des farines animales (FVO : farines-viande-os) pour nourrir des animaux quels quils soient et dépistage systématique de la maladie chez tout bovin âgé de plus de 30 mois lors de leur abattage. Enfin, suite à un travail réalisé chez le mouton et ayant permis de montrer que lESB peut être transmise par transfusion de sang provenant dun animal malade de lESB, se pose désormais la question du risque transfusionnel chez lhomme. Des mesures viennent dêtre prises en France pour limiter au maximum ce risque.
Au fur et à mesure du développement des connaissances sur les ATNC, différentes recommandations ont été élaborées afin de diminuer le risque de leur transmission lors des activités de soins. La dernière circulaire (circulaire DGS/5C/DHOS/E2 n° 138/2001 du 14 mars 2001) permet dactualiser les recommandations datant de 1995 (circulaire DGS/DH n° 100 du 11 décembre 1995) visant à réduire les risques de transmission des ATNC. Elle modifie également la circulaire DGS/DH n° 236 du 2 avril 1996 concernant les modalités de désinfections des endoscopes. Elle demande la mise en uvre du plus haut niveau de précaution compatible avec le dispositif médical utilisé, en fonction des caractéristiques du patient, de lacte et du tissu concerné. Ainsi, elle préconise lusage unique pour tout matériel en contact avec les tissus à risque, dès lors que la qualité et la sécurité des soins sont assurés. Lorsque le recours à du matériel à usage unique nest pas possible, elle recommande, en tenant compte de la nature de lacte, du tissu concerné et du niveau de risque du patient, de traiter le matériel par le procédé dinactivation des ATNC le plus efficace quil puisse supporter.
Ces mesures sont-elles toutes nécessaires et apparaîtront-elles à linverse suffisantes pour supprimer à lavenir tout risque de transmission de lagent de lESB à lhomme ? Est-on aujourdhui à laube dune nouvelle épidémie comme le laissent penser des études statistiques ? Il reste impossible aujourdhui dapporter des réponses définitives à ces questions. Toutefois, des résultats de recherche thérapeutique publiés en août 2001 apportent cependant un peu doptimisme. Ces recherches réalisées in vitro ont permis de démontrer que certains médicaments sont capables dinhiber la formation de protéines anormales (prions) au sein de tissus infectés et donc denrayer la destruction tissulaire induite par les prions. Ces recherches réalisées à lUniversité de San Francisco, se basent sur les travaux plus anciens qui avaient déjà permis de mettre en évidence que lutilisation de certains dérivés tricycliques de lacridine permettent de prolonger la survie de souris dont le cerveau avait été inoculé par des prions, de réduire le titre infectieux de tissus contenant des prions ou même de faire disparaître de telles cultures toute trace de prions. Léquipe de San Francisco a testé in vitro une série de dérivés tricycliques de lacridine et a pu confirmer que la chlorpromazine et la quinacrine avaient toutes deux la capacité dinhiber la formation de protéines anormales au sein de tissu infecté par des prions. La quinacrine sest avérée être le composant le plus efficace, dix fois plus efficace que la chlorpromazine. Ces deux molécules ont la capacité de franchir la barrière hémo-méningée et peuvent donc atteindre leur cible. De plus, elles ont déjà été utilisées en médecine humaine et leur toxicité potentielle est connue et considérée comme acceptable. Elles constituent donc deux candidats potentiels au traitement des patients atteints de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (quelle quen soit la forme) qui pourront être utilisés sans que dautres études pharmacologiques ou toxicologiques préalables soient nécessaires. Dans les faits, il apparaît que la quinacrine vient dêtre utilisée dans cette indication chez deux patients avec des résultats contradictoires. Un véritable essai clinique vient de débuter aux Etats-Unis.
(sommaire)
ADN Acide Désoxyribonucléique
AES Accidents par exposition au sang
ARN Acide ribonucléique
ATNC Agents Transmissibles Non Conventionnels
BCG Bacille Calmette et Guerin
BEH Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire
<
BMR Bactéries multirésistantes
CLIN Comité de Lutte contre les Infections Nosocomiales
CMDMS Comité du médicament et des dispositifs médicaux stériles
CNR Centre National de Référence
COH Cellule Opérationnelle dHygiène
CSHPF Conseil Supérieur dHygiène Publique de France
<
CTIN Comité Technique national contre les Infections Nosocomiales
CTV Comité Technique des Vaccinations
DDASS Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales
DGS Direction Générale de la Santé
DIM Département dInformation Médicale
DO Déclaration Obligatoire
ESB Encéphalopathie Spongiforme Bovine
ESST Encéphalopahties Spongiformes Subaiguës Transmissibles
IN Infections Nosocomiales
InVS Institut de Veille Sanitaire
JO Journal Officiel
KT Cathéter
MCJ Maladie de Creutzfeldt-Jakob
MISP Médecin Inspecteur de Santé Publique
nv-MCJ Nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob
OMS Organisation Mondiale de la santé
PEV Programme élargi de vaccination
PMSI Programme de médicalisation du système dinformation
ROR Rougeole Oreillon Rubéole
RSS Résumé standardisé de sortie
RUM Résumé d'unité médicale
SAMR Staphylocoque auréus multirésistant
SIDA Syndrome de l'immunodéficience humaine acquise
VIH Virus de lImmunodéficience humaine
VRS Virus respiratoire syncitial
(sommaire)
Infections nosocomiales EMC "Hygiène Hospitalière" collection Azay, N. Hygis, éd. Presses Univers. Lyon, 1998 Prévention du risque nosocomial lié aux virus des hépatites C et G
Point sur les infections nosocomiales (Site du Ministère de lEmploi et de la Solidarité) BEH n° 50/2001 : Bactériémies nosocomiales en France : résultats des données de surveillance des centres de coordination de la lutte contre les infections nosocomiales (C.CLIN)
(sommaire)